Je suis de retour à Tübingen et étrangement, je ne mange que du saucisson : non pas par nostalgie de la mère patrie, mais en l’absence de tout autre condiment encore comestible. A part des pâtes, il ne reste dans mon placard qu’un vieil oignon qui a pris une valeur sentimentale du fait de son long séjour chez moi et que j’ai l’intention de planter. Sinon, la cuisine commune de mon étage ayant été laissée aux soins de deux locataires mâles pendant un mois, nous avons du frôler la catastrophe sanitaire (je vous épargnerai la description de la poubelle « déchets organiques » laissée à ses propres dépens un mois durant).
D’ici une semaine ou deux cependant les autres colocataires devraient revenir et la vie en résidence reprendre son cours habituel. Résultat des courses après un mois de vacances : plusieurs milliers de kilomètres parcourus, zéro trace de soleil sur mon visage et un appartement dans le sixième arrondissement de Paris, à disposition dès le mois d’août. Bilan somme toute plutôt positif, non ?
blog européen
jeudi 3 avril 2008
Lisbonne
C’est avant tout la moyenne des températures de dix degrés supérieure à celle de Stuttgart qui a poussé deux voyageurs avides d’océan et de soleil vers les côtes lisboètes, lovés sur les bords du Tage. Entre un petit saut en tram le long des sinueuses rues aux murs blanchis et de savoureux poissons grillés, nos amoureux ont pu s’offrir une revigorante cure d’air marin. La est dominée par un certain nombre de collines : nous y avons cherché toute une soirée durant, dans un épisode décidément très kafkaïen le mystérieux château de Lisbonne, Castelo Sao Jorge, dont les remparts sont certes visibles de loin mais impossibles à trouver dans le labyrinthique dédale de rues de l’Alfama, la vieille ville. Ce quartier, la seule partie de Lisbonne qui ait survécu au tremblement de terre de 1755, est le berceau d’un style musical appelé le fado : chant mélancolique, accompagné d’une guitare, qui était couramment pratiqué dans les quartiers pauvres du Portugal avant de devenir populaire auprès de la bourgeoisie à l’époque de la dictature salazariste.
Un vrai plaisir pour les yeux, le nouveau quartier à l’architecture futuriste, construit à l’occasion de l’exposition universelle de 1999 comprend notamment la gare d’Oriente, avec ses voûtes rappelant alternativement des ogives gothiques ou d’immenses végétaux. On peut également y trouver le plus grand aquarium d’Europe. Autour d’un immense bassin, contenant l’équivalent de plusieurs piscines olympiques où évoluent des milliers de thons, de bars, de requins, de raies en tous genres, le visiteur peut apprécier dans les cinq bassins annexes toute la diversité de chacun des cinq continents. On frissonne d’être aussi près d’animaux que l’on ne voit normalement que dans des documentaires arte dans la sécurité de son salon, et l’on en sort exténué, écrasé par le sentiment de sa propre insignifiance face à la démesure de l’océan.
A noter de particulièrement chouette, le pont Vasco de Gama : 18km de long ! La visibilité ne permettant pas toujours d’en voir l’autre bout, le pont semble s’étendre à l’infini et disparaître poétiquement à l’horizon…
Un vrai plaisir pour les yeux, le nouveau quartier à l’architecture futuriste, construit à l’occasion de l’exposition universelle de 1999 comprend notamment la gare d’Oriente, avec ses voûtes rappelant alternativement des ogives gothiques ou d’immenses végétaux. On peut également y trouver le plus grand aquarium d’Europe. Autour d’un immense bassin, contenant l’équivalent de plusieurs piscines olympiques où évoluent des milliers de thons, de bars, de requins, de raies en tous genres, le visiteur peut apprécier dans les cinq bassins annexes toute la diversité de chacun des cinq continents. On frissonne d’être aussi près d’animaux que l’on ne voit normalement que dans des documentaires arte dans la sécurité de son salon, et l’on en sort exténué, écrasé par le sentiment de sa propre insignifiance face à la démesure de l’océan.
A noter de particulièrement chouette, le pont Vasco de Gama : 18km de long ! La visibilité ne permettant pas toujours d’en voir l’autre bout, le pont semble s’étendre à l’infini et disparaître poétiquement à l’horizon…
Lisbonne en images
Dans l'ordre : la vue sur le Tage du haut de la colline du quartier de l'Alfama; la tour de Belem, point de départ du navigateur Vasco de Gama et ancienne "tour de contrôle" maritime de l'estuaire; la gare d'Oriente; l'aquarium.
Frankfort et Berlin
Je n’ai que brièvement eu le temps de visiter Frankfort sur le Main, mais elle donne tout de suite l’impression au visiteur de cumuler beaucoup de contrastes. Ville de naissance de Goethe, elle est ainsi irrémédiablement liée au « Sturm und Drang » et au romantisme allemand ; en même temps, cela ne l’empêche pas d’être confortablement assise dans l’ère moderne, au vu de la concentration de banques de tout acabit dans le centre ville. La journée on voit « Mainhattan » sillonnée de banquiers et de businesswomen en complets et tailleurs ; quand ceux-ci vont se détendre le soir, ils se métamorphosent en gros fêtards dans les nombreux bars et boîtes de la ville. Mais malgré l’opulente richesse, ou justement du fait du prix élevé du mètre carré, vivent également au pied même de la tour de la BCE un grand nombre de clochards, d’ivrognes et de fous, rendus plus visibles encore par le contraste qu’ils offrent avec leur environnement. On est malheureusement tenté en les voyant d’en faire tout un symbole : l’Union Européenne, se réfugiant dans sa tour d’ivoire technocratique, bien loin des véritables préoccupations matérielles de ses citoyens.
Berlin offre également un tableau contrasté au regard du visiteur : ce que j’aime avant tout, et ce qui me frappe lors de chacune de mes visites, c’est comment la ville réussit à ne pas nier son passé, tout en se tournant résolument vers l’avenir. Partout la ville résonne du bruit des marteau-piqueurs et le paysage berlinois, visible du haut de la couple du Reichstag (de Norman Foster elle encore), est régulièrement entrecoupé de grande grues de construction multicolores. De nouveaux buildings à l’architecture innovante apparaissent ici et là ; les rues semblent en constante transformation. Certains bâtiments plus anciens, en revanche, comme le Berliner Dom, la cathédrale, semblent parfois laissés à leur propre sort, la couche de noirceur les recouvrant n’ayant pas encore été enlevée. Cela frappe particulièrement lorsqu’on vient de Paris, où une grande œuvre architecturale est construite tous les vingt ans, et où les monuments sont constamment nettoyés, rénovés, afin qu’ils brillent de tous leurs feux sous les flashs des touristes. Berlin, clairement, se projette dans l’avenir. Cependant, le poids du passé est toujours bien présent, sans que quiconque ne cherche à le nier. Il suffit de visiter le Musée Juif et le mémorial de la Shoah, une expérience dense en émotions, pour s’en rendre compte. Une autre exposition organisée par le ministère de l’Intérieur lui-même rend compte du fonctionnement de la Stasi, que d’aucuns connaissent mieux du fait du film « La vie des autres ». En quelques salles riches en documents on découvre avec horreur ce monstre tentaculaire, froid et calculateur qu’était la police secrète est-allemande. En 1989, 263 000 personnes y collaboraient, soit directement comme collaborateurs, soit indirectement en tant qu’informateurs. Il est assez effrayant de constater comment il était déjà possible d’espionner les gens dans les années soixante, avec les appareils photos et caméscopes énormes de l’époque cachés dans un arrosoir ou dans une poussette, ou des microphones dans des stylos. Je n’ai pu m’empêcher de songer avec paranoïa comment il doit être facile et tentant pour les gouvernements d’aujourd’hui, avec toutes les nouvelles technologies à leur disposition, de s’insérer subrepticement dans la vie privée de leurs citoyens. Sur une note plus optimiste, cela permet de prendre conscience de la chance que l’on a de vivre dans des sociétés libres et démocratiques.
Berlin offre également un tableau contrasté au regard du visiteur : ce que j’aime avant tout, et ce qui me frappe lors de chacune de mes visites, c’est comment la ville réussit à ne pas nier son passé, tout en se tournant résolument vers l’avenir. Partout la ville résonne du bruit des marteau-piqueurs et le paysage berlinois, visible du haut de la couple du Reichstag (de Norman Foster elle encore), est régulièrement entrecoupé de grande grues de construction multicolores. De nouveaux buildings à l’architecture innovante apparaissent ici et là ; les rues semblent en constante transformation. Certains bâtiments plus anciens, en revanche, comme le Berliner Dom, la cathédrale, semblent parfois laissés à leur propre sort, la couche de noirceur les recouvrant n’ayant pas encore été enlevée. Cela frappe particulièrement lorsqu’on vient de Paris, où une grande œuvre architecturale est construite tous les vingt ans, et où les monuments sont constamment nettoyés, rénovés, afin qu’ils brillent de tous leurs feux sous les flashs des touristes. Berlin, clairement, se projette dans l’avenir. Cependant, le poids du passé est toujours bien présent, sans que quiconque ne cherche à le nier. Il suffit de visiter le Musée Juif et le mémorial de la Shoah, une expérience dense en émotions, pour s’en rendre compte. Une autre exposition organisée par le ministère de l’Intérieur lui-même rend compte du fonctionnement de la Stasi, que d’aucuns connaissent mieux du fait du film « La vie des autres ». En quelques salles riches en documents on découvre avec horreur ce monstre tentaculaire, froid et calculateur qu’était la police secrète est-allemande. En 1989, 263 000 personnes y collaboraient, soit directement comme collaborateurs, soit indirectement en tant qu’informateurs. Il est assez effrayant de constater comment il était déjà possible d’espionner les gens dans les années soixante, avec les appareils photos et caméscopes énormes de l’époque cachés dans un arrosoir ou dans une poussette, ou des microphones dans des stylos. Je n’ai pu m’empêcher de songer avec paranoïa comment il doit être facile et tentant pour les gouvernements d’aujourd’hui, avec toutes les nouvelles technologies à leur disposition, de s’insérer subrepticement dans la vie privée de leurs citoyens. Sur une note plus optimiste, cela permet de prendre conscience de la chance que l’on a de vivre dans des sociétés libres et démocratiques.
Frankfort et Berlin (bis)
Mon appareil ayant tragiquement rendu l’âme en plein milieu de mon séjour je ne dispose pas de beaucoup de photos. Voici donc un ultra-condensé photographique du voyage: la Banque Centrale Européenne, et les tours de Frankfort (dans la 2e photo, la Commerz Bank de Norman Foster). Le mur de Berlin et le bâtiment de l’ex-Reichstag, aujourd’hui parlement de la république fédérale allemande.


Paris…
… ne change pas vraiment d’une visite à l’autre. En matière d’expositions, j’ai pu voir « Man Ray, Unconcerned but not indifferent » à la Pinacotèque à la Madeleine. Visite quelque peu décevante, bien qu’elle ait de le mérite de présenter les différentes phases de la vie de Man Ray ; j’eusse attendu davantage de photographies de son époque la plus réussie, le dada et le surréalisme. Très peu de ses fameux « rayogrammes » sont également à trouver. Sinon, j’ai enfin visité l’étage supérieur des collections permanentes du Musée d’art moderne du Centre Pompidou. Une collection magistrale, dense et exténuante qui couvre grosso modo les quarante premières années du siècle de Kandinsky à Mondrian en passant par Picasso, Fernand Léger, Chagall, Bracque, Marcel Duchamp et tant d’autres.
La grande nouvelle, c’est avant tout que j’ai trouvé une chambre pour mon retour à Paris. A Saint Germain, côté Saint Sulpice. Dur dur de quitter la rive gauche !
La grande nouvelle, c’est avant tout que j’ai trouvé une chambre pour mon retour à Paris. A Saint Germain, côté Saint Sulpice. Dur dur de quitter la rive gauche !
mardi 26 février 2008
Nouvelles en général
Parmi les sujets de l'actualité qui me préoccupent en ce moment sont à compter les propositions toutes plus inquiétantes les unes que les autres de Nicolas Sarkozy. Que penser de ce président, toujours pétri de contradictions? Lui que l'on a vu il y a quelques temps se pavaner en Rolex, mannequin sous le bras, cherche à présent à redorer le blason de sérieux et de dignité de la fonction présidentielle en orientant l'actualité vers de thèmes de nature à polariser les débats et remobiliser le soutien de l'électorat de droite conservative : sécurité (action policière d'ampleur en banlieue et "rétention de sûreté") et mémoire historique (reprise en main de l'héritage gaulliste et de la mémoire de la Shoah). Ainsi, Sarkozy pensait peut-être gagner des points faciles dans la bataille des côtes de popularité par cette proposition de "démarche pédagogique" auprès d'enfants de CM2, car personne n'oserai remettre en question la lutte contre la "bête immonde du racisme" que représenterait la Shoah. Tentative ratée, car les représentants d'associations juives, historiens, et intellectuels se sont tous levés contre cette instauration d'une mémoire d'Etat de la Shoah, niant toute la complexité du phénomène historique et de nature à traumatiser nos petits pious pious par la charge émotionnelle que représente la mémoire d'un petit juif assassiné. La référence à l'héritage gaulliste par Sarkozy aux Invalides, à l'occasion de l'érection d'une stèle en la mémoire du grand Charles est également rigolote au vu des différences flagrantes entre les deux présidents. De Gaulle, justement, qui aimait les conférences de presse fleuves et les bons mots, n'était pas du genre à s'énerver à la moindre insulte... S'il cherche à regagner des points, peut-être Sarkozy ferait-il mieux de s'occuper de politique étrangère? Sur le plan des rapports de la France avec ses partenaires européens, le résultat est mitigé. Symbole de poids, la France à certes été le premier pays à ratifier par voie parlementaire le traité de Lisbonne, la clef du débloquement institutionnel de l'UE. Cependant, sur un certain nombre de points Sarkozy continue à susciter l'exaspération, et avant tout à Berlin. Ici, en Allemagne, le style politique nerveux, médiatiquement hyperactif et "bling bling" de Sarkozy constitue le paradigme inverse de l'approche analytique, prudente et de l'attention au détail de la chancelière (n'oublions pas la formation de physicienne d'Angela Merkel). Les tentatives de Sarkozy de s'attribuer le succès des négociations du traité de Lisbonne ont blessé la diplomatie allemande, elle-même en majorité responsable des compromis passés face aux réticences britanniques et polonaises. A ces incompatibilités d'humeur s'ajoutent des discordances de fond: le déficit budgétaire comme les critiques françaises de la Banque Centrale Européenne agacent les Allemands, qui nous accusent de prendre des initiatives les concernant sans les consulter ou d'user de plusieurs langages selon qu'ils sont à Berlin ou à Paris. C'est particulièrement vrai de l'idée d'Union méditerranéenne (voir un article dans The Economist ici pendant qu'il est encore en ligne), dans laquelle le gouvernement allemand décèle un risque de division de l'Union européenne, y voyant une tentative de création d'une entité dont elle serait naturellement exclue. Symptomatique des rapports réellement maussades entre nos deux capitales, le report de trois mois de la prochaine rencontre franco-allemande au sommet, qui devait avoir lieu le 3 mars à Straubing, en Bavière, serait dû au "calendrier chargé" de Nicolas Sarkozy. Toutes ces pommes de discorde devraient être un motif d'inquiétude pour nos diplomates. Je m'inquiète de la déstabilisation du couple franco-allemand par un retour à une politique extérieure de grandeur à la française. Sans le moteur de la coopération entre nos deux pays sur lequel l'Europe s'est construite, celle-ci perd une partie de son âme. Quand notre président le comprendra-t-il ?
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